Le simple bruit d’un voisin d’hôtelouvrant sa chambre me rassure

et me fait sortir de cette torpeur atrocement débilitante où me plonge le manque amoureux

Mon manque est-il pathétique, stomacal, comme la pause bière (pluriel de circonstance surtout qu’elle était forte), qui eut le même effet, tend à le suggérer

D’abord non parce que l’effet bière a eu besoin de durée quand le cliquetis des clefs et le frottement des pas sur la mauvaise moquette est instantané (j’allais dire quasi instantané, ce qui était purement prosodique)

Ensuite parce que l’origine est externe alors que l’alcool travaille de l’intérieur pour vous faire croire que le monde se dilate, selon vos vues (même les vues contraires, c’est encore son fantasme à soi !) tandis que les clefs, les pas, le cliquetis, le frottement, sont bien réels et que je ne les ai pas programmés

Je ne suis plus seul, une réalité existe et qui m’intrigue, non, me rappelle que quelque chose échappe à mon désespoir

Désespoir lancinant, poisseux, qui s’immisce partout, transforme tout, pollue tout, met tout à distance, une vraie saloperie que seuls connaissent ceux qui ont encore des tripes et du cœur

Que la réalité a le droit d’être tragique en dehors des programmes d’indignation, merde ! Bref, ceux qui font le pari de croire à la vie et qui restent muets assis pendant des longues minutes parce que leur pensée est hypnotisée alors que les autres continuent à vivre des trucs incompréhensibles (il paraît que la réciproque est vraie et même mieux admise), totalement vampirisés par les images d’un être absent et leur corps tout foireux à rien ingérer (en tout cas au bon moment, selon la bonne proportion et la bonne nature) parce que voilà : elle n’est pas là et elle s’en fout (peut-être pas, mon dieu, alors que faire ?) et c’est tout : on a le droit d’être au fond des gouffres et de ne rien pouvoir vivre d’autre pour ça ! pas de politique réelle, pas de grande cause si vous ne commencez pas par vous reconnaître ce droit fondamental à être imbuvable et chiant par ce que ça foire côté sentiment !

Alors quoi, peau de balle le sentiment amoureux impossible qui fait mal ? Oui sans doute, mais peau de balle trouée, peau trouée par les balles, même si c’est moi qui les tire

On osera quand même pas me dire que jel’ai cherché ? Que j’y prends du plaisir ?

J’en ai rencontré des bandes de cons et de connes qui m’ont dit ça, un peu dans le même registre que : « tu te poses trop de questions » (les questions se posent toutes seules, elles sont grandes) ou « tu idéalises les femmes » (les femmes sont idéales)

Non mais sérieux ! On se croirait au repas de famille avec les tantes, qui au moins avaient de l’humour dans leur saillie, un peu comme si elles pensaient que votre zizi ne devait jamais servir ou juste pour de rire : non, plutôt, qui pensaient que vous méritiez mieux que ces gourgandines qui vous font tourner la tête en le sachant mais sans aucune intention de jamais mettre la main à la pâte

Qu’importe. L’essentiel est que je faisencore partie des gens qui souffrent parce qu’une fille leur plaîtet qu’elle n’est pas là

Merci les clefs, merci le cliquetis,même si l’effet est déjà passé

Ça me semble une bonne chute

à demain, si jamais

Besançon, 7 juillet 19

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