Épilogue suspensif : l’été n’a pas de fin (jaidécidédetoutdirecommeçaon saura)

C’est une hâte j’écrirais comme un enfant si je savais suivre la ligne je ferais des bâtons pour toi je réduirais mes minuscules et pousserais toutes mes îles dans les marées du crépuscule où les sifflantes d’un revers de langue bien mal embouchée je les ferais pencher vers toi afin enfin que tu t’étendes sur le sable ou dans les replis de ces bois dont naturel suis l’héritier par un blanc mouvement de chatte oblongue encore plus encore que la page ou bien l’infini ou la mémoire ou la noirceur des eaux emparfumées aussi si tu es bien si tu l’as dit je t’offre mon été sans fin

Dire si tu étais là est peut-être encore un grand mot et démesurer ta présence n’est plus du tout de mon ressort mais je sens bien que quelque chose n’est plus tout à fait fumée et refuse ardemment appuyé sur son coude ou recroquevillé dans un fauteuil espiègle prêt à se démembrer de céder tant soit peu une once de sa place à quoi qui le bouscule ou veuille déranger le calme lancinant le lac d’une impression sans cesse remué et sans cesse impossible à contempler sans drame mais dont je sens le fond en moi comme un volcan

On ramollit le marbre le marbre noir ou blanc pour ne rien enchaîner qui insulte le temps tu écris avec moi ce qui nous échappa et continue de tendre fardée plus que lumière les mimiques du vent dans des plumes moirées oui c’est la roue du paon les plateaux les vallées tout un ballet vivant lente constitution de ce qui s’est passé soufflé dit ou tenu derrière un sourire franc et des dents chevauchées deux personnages sages qui sont peut-être nous et valsent à contre-temps dans une nuit dissoute par l’oubli d’un baiser car c’est la vraie promesse ne rien retenir

Nous nous embrasserons c’est sûr un autre jour car dans un autre monde nous nous sommes embrassés et ce que nous voulons refermer dans nos lèvres nous l’avons refermé chaque fois que la grève émue par le silence attendait ardemment d’être baignée de vagues et de serments idiots que nous avons tenus très forts un peu comme des rideaux jouant avec des voiles ou des draps de pensée flottant d’hésitation qui tremblait sous nos doigts quand nous examinions nos ongles ou un reflet ou bien un coin d’oreille à peine dévoilé le détail d’un blason qu’il fallait dérober tandis que l’autre avait des absences pensives ne sachant plus vraiment ce qui était à nous ce qui était à l’autre et qu’il voulait trahir

Car tout ce que tu veux est toi que j’ai failli souvent touchée du doigt ô tes cheveux quand notre table absurde s’amusait tant à séparer nos deux discours branlants nos digressions charmantes tout en dentelle et en poissons assez troublants quelques vipères sans venin de-ci de-là sous-entendues comme un bouquet de lendemains qu’il ne fallait jamais ouvrir parfois aussi comme des mains qu’on dit souvent tendues en vain dans la méprise ou le déni mais par-dessus des précipices la peur immense et le grand vide qui sème en nous bien des terreurs poussant d’amoureuses éponges à ne vouloir que s’épouser mirages de nos voluptés nos songes à deux doigts de se persécuter pour nous faire assidûment taire et nous faire nous engouffrer dans des parois très étrangères et nous faire enfin doucement palper l’inconnu sous nos peaux

Je vois des scènes qui me viennent et je voudrais voir ta pantoufle déposée comme un présent vestige sur le tapis qu’on a volé à la poussière et l’abandon d’une maison de notre enfance elle qu’on n’a jamais vécue en même temps et qui nous porte sans histoire ensemble plus loin dans l’après qui est notre ultime miroir

Que tes gestes me peuplent et que ta voix déchire les échos malvenus de ce que nous croyions avant que ta visite n’ait eu jamais lieu je veux te voir saisir comme impromptu délire ce bibelot inscrit au répertoire que je n’ai pas seul inventé des objets fous que nous saurons bien nous offrir anniversaire de notre soir dans nos cavernes ou dans nos nids et les après-midi d’été qui sont un peu d’autres soirées n’auront décemment plus de fin tu es venue je le sais bien

Copenhague, le 25 Août 2019

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