Humeur tacite

Victoire !

Les poids se détachent ! Ça sent l’envol !
Même les organes sont légers ! Le souffle épouse enfin sa veine !
Les poumons et l’air, ce n’est plus qu’un ! Inspire, expire ! C’est devenu presque pareil, à peine une petite déclivité pour séparer les deux. Un rien de coquetterie en somme. Une légère jointure, un bourrelet de vernis pour mieux faire sentir l’harmonie du tout, la lisseur d’ensemble, qui n’est plus craquelé que par en-dessous, par transparence un peu trouble, un peu ambrée.

Légère légèreté ! Merci à toi, matin qui vient après l’effort et le voyage, la fin de semaine dernière a relâché quelque chose, et je ne vois sur la rivière ce matin aucun cadavre flotter : réjouissance mes amis, nous avons vaincu la mort !

Matin, matin ! Légère légèreté !

Reviens demain ! Reviens tout court ! Ne me laisse jamais !

Ne me laisse jamais plus m’enfoncer.

C’est un tableau de maître que tu tiens en main, au bout de ton pinceau, secoué en filigrane du tremblement de ton pouls. Craquelle, craquelle, craquelle par en-dessous : les chemins sont sourds et la largeur est de fourmis qui zigzague au bord du gouffre.

Gouffre ! Gouffre ! Remplis-toi de nous, c’est tout au fond de la vallée, si mince ruban et si léger que cela bout, tout au fond, en courant, par en-dessous.

Lâche la main, glisse, une empreinte des doigts, une pulsion, un charme plat, glisse, satin, réveil, réveille-moi et remplis-toi de mon effort, légère, éteins, disparaît, légère, légèreté, poindre, effacer.

20 janvier 2020, Saint Sébastien.

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