Poème d’après (8) « La lettre infamante »

NDA : cet opus 8 a en réalité été écrit avant le 7. Mais j’ai eu des scrupules à le publier, ce qui est un tort : la réalité compte peu en elle-même derrière ce compte-rendu d’un tentative d’extraction du désastre amoureux. Pourtant, il y a derrière une réalité psychologique qui donne sens à ce parcours, où chaque pièce se veut l’état transposé d’une libération (quelle qu’en soit l’issue, encore inconnue) de la peine envahissante. Je vous devais, pour vous qui prenez au sérieux cette expérience littéraire censée apporter un bienfait moral, cet avertissement.

La lettre infamante

Je méritais mieux que cette saleté de lettre, sottement écrite, par la paresse ou l’indifférence en tout cas le refus d’y toucher. Tout le monde mérite mieux que de recevoir ça, une lettre miroir, contradictoire et livrée avec dédain finalement.
Je méritais mieux qu’un soufflet si mal pensé.
Ou pensé pour se défendre uniquement.
De l’accusation morale de ne pas répondre, en particulier.
Et puis dire qu’on a aussi senti des choses, s’accuser de ne pas avoir su les dire sans expliquer les mauvaises qu’on a bien su dire pour désamorcer tout départ pour l’aventure!
Quelle horreur cette lettre que l’amoureux qui s’est réellement expliqué ne méritait décidément réellement pas.
Quelle façon de s’enfuir en prétendant être chassé.
Quelle indignité pour soi et pour l’autre, pour celui qui lit, pour celui qui écrit.
Comme quoi une lettre peut être intrinsèquement mensongère.
Une indignation du langage face à lui même : imitation (déni d’originalité), autoaccusation (déni d’authenticité), défense implicite (déni d’intention réelle de communiquer), prétention à l’autodérision dans la parodie de lettre d’adieu (déni de l’amour en soi), flagornerie (déni d’estime) en même temps que stigmatisation par surenchère de l’autodérision (aveu de mépris, au fond).
Il sera très difficile de ne pas garder trace en soi de la lecture d’une lettre aussi infamante, de se laver d’avoir imaginé qu’elle avait pu être écrite.
Sans même penser qu’elle ait pu être à soi adressée, sans se dissoudre à son tour comme fantôme.
Réponse véritablement sacrificielle à cette entreprise d’éradication.

illustration : Hugues Merle, The Scarlet Letter, 1861.

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