Je ne partage plus ta peine
Après l’avoir longtemps pensée
Déchiré par la violence
De rage et peine à son idée
Les souvenirs de tes trois pertes
M’étaient devenus familiers
Et si constamment repliés
Qu’ils ont fini par être miens
Plié à leur évocation
Que j’ai tous les jours redoublée
Je suis devenu orphelin
Si tu les confesses à d’autres
Car dans la peine on aperçoit
La profondeur des confessions
On donne à l’autre un droit puissant
Celui de souffrir avec nous
Comme si c’était l’autre soi
Vraiment mais ça ne l’était pas
Et tu pouvais partir avec
Un jour en me les retirant
Imaginer que tu poursuis
Dans ces douleurs qui te sont propres
M’est le plus dur à supporter
Et ce n’est pas que jalousie
Il y a au fond de ce regret
La peine qui m’est extérieure
Là où je pleure d’impuissance
À les savoir toujours parties
Avec ces drames qui m’émeuvent
Auxquels je pense sans arrêt
Et qui désormais nous éloignent
Théâtre d’ombres plus enfouies
Spectres sanglants monstres d’ivoire
Que je ne peux plus écouter
Et qui n’ont même plus le droit
De venir toujours me hanter
Ces souvenirs sans parenté
Errent sur des chemins sans fin
Un cartographie absurde
Où je porte des plaies sans peau
Masques d’horreur d’un opéra
Où se jouaient nos intimités
Et qui n’ont même plus le droit
De s’acharner aussi sur moi
Illustration : Courbet, La mer, à Étretat, 1871-1872

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