Toru goûtait toujours qu’elle fût absente. Quand pareille laideur se manifestait par l’absence, en quoi différait-elle de la beauté ? Du fait que la beauté qui avait introduit tout cet entretien était elle-même absente, le parfum de Kinue persistait après son départ.

Il lui semblait parfois entendre au loin les pleurs de la beauté. Juste par-delà l’horizon peut-être. Elle criait d’une voix haut perchée, telle une grue. L’appel se renouvelait en écho avant de disparaître. S’il prenait une forme humaine, ce n’était que pour un instant. Seule Kimue avait pu capturer la grue au piège de sa laideur. Et depuis longtemps, elle le nourrissait de sa conscience de soi.

(…)

Au large, à l’horizon rosé, la silhouette indistincte du Daichu-Maru passait tout proche de l’Okitama-Maru qui venait de quitter le port. Étrange moment que celui où une image surgit insensiblement d’un rêve dans la vie quotidienne, abstraction devenue réalité, poème qui prend corps, objet tiré de l’imaginaire. Si telle chose dénuée de sens, encore qu’inquiétante est, de quelque façon, absorbée par le cœur, naît alors dans le cœur un vif désir de la voir prendre forme, si bien que cette chose est appelée à l’existence. Peut-être le Daichu-Maru était-il né dans le cœur de Toru. Une image aussi indistincte qu’un coup de pinceau se trouvait devenue une coque géante de quelques quatre mille tonnes. Et pareille chose ne cessait d’arriver, en quelque lieu du monde.

Mishima, L’Ange en decomposition, 13 (1970).

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