TESTAMENT III « funérailles poétiques »

TESTAMENT III

« Funérailles poétiques »

La base c’est la guerre aquatique ou terrestre et même dans les airs on y croise du plomb et c’est la guerre on meuble pour cacher dans la fumée d’une escalade la haine on se perd l’esprit de l’escalier est vraiment dérobé peu de gens savent mesurer la distance adéquate on se perd en sursit la guerre est matière délicate et immédiate entre les corps que l’âme a rendus muets en s’en allant cette ruine est bien conditionnelle et les rues sont des murs à en perdre la vue ou bien ces conditions sont totalement de ruine les draps blancs couvrent pour de bon de poussière et de gravas la vieille coiffeuse une couveuse un chat son cadavre et le vieux vaisselier l’homme debout aussi la bonnetière et le buffet seuls là haut les chiens assis sont encore à l’affût le Golgotha est à louer depuis qu’elle est partie pondre ailleurs ses soleils

Je vote pour l’énorme singulier l’ultime je soustrais à ton regard toute ma vie je me soustrais à la moindre de tes volontés j’échappe à ta parole et dresse pour l’indivisible les derniers buissons ardents vois le présent immaculé qui se souille lui-même en dehors des crachats la sourde volonté de tirer vers le bas je souffre pour la poésie oui je souffre pour elle et je sors de la douche en plein milieu du jet pour compléter un vers l’immeuble immonde est devenu foyer de la contagion pure invitation permanente le carton est bien ciré les coins sont renforcés ça ne peluche pas à ne plus jamais prendre la parole j’en connais qui se sont bâillonnés au chalumeau et d’autres qui se sont rendus muets à s’éterniser sous des astres morts tous ils ont choisi de se taire à jamais et de ne pas souffrir c’est l’erreur commune nouveau péché originel deuxième moteur qu’on fasse un courant d’air isolons-nous chacun dans le respect de soi dans l’hygiène absolue et la fin de tout art le guérisseur ne tient plus sa séance qu’en après-midi son officine est close en matinée que tout le monde perd à jamais à se muscler le cul et à prendre des poses les miracles ne sont plus tellement vous me direz d’actualité on pense qu’il ne faut plus panser alors je range mes grigris je n’ai pas non plus toute la vie devant moi je me suis livré bien trop tôt c’est une hémorragie qui m’a coûté du temps il faudrait moins sourire on me l’a déjà dit et passer son chemin je me donne en morceaux tiens prends-en donc un brin un biscuit pour la route c’est sec et c’est inca que chacun dans son coin un peu comme un goûter c’est juste pour la route il ne sait pas pourquoi c’est une épidémie et la vertu m’enivre en souffrance grimace et cette parodie odieuse me délasse de tous les passés qu’on m’a volés moi qui ne tournais pas le dos tandis que sous la toile en un ciel permanent tous les miroirs nous forcent à nous déformer scoliose à tout étage

La dernière abomination nous interdit d’avoir la moindre prétention à voir un peu dans le noir persécution hermétique de toute volonté d’échapper au néant qui prend ses aises sur le monde et qui s’épate en canapés avachis en piscines turquoises en bosquets de lumières conçus en plein désert comme des tours les langues vont communiquer on traduit tout mystère dans l’instantané d’un énoncé sur écran plat Babel est souriante au fond des ciels brisés

Copenhague, le 6 avril 2020.

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