rapid adj 1 moving, acting or happening quickly; fast. 2 photog requiring short exposure. noun (usually rapids) a part of a river where the water flows quickly, usually over dangerous, sharply descending rocks. rapidity or rapidness noun. rapidly adverb.
ETYMOLOGY: 17c: from Latin rapidus, from rapere to seize. (Chambers Dictionary)


Écrire
Cela ne semble possible, à écouter tous les écrivains marquants, qu’après avoir d’abord eu la révélation qu’il faut écrire à la place de l’autre et non depuis la sienne ; et, ensuite, qu’il faut mettre cette révélation en pratique, en résistant à toutes les facilités qui ramènent à cette dernière place, la sienne. Cet « autre » n’est pas celui de l’altruisme généreux qu’on défend aujourd’hui avec légitimité. C’est n’importe qui sauf soi. Mais il faut que j’ajoute par honnêteté que cette réflexion n’est sans doute valable que du point de vue des personnes qui n’écrivent pas, qui n’ont pas écrit assez ou qui n’y parviennent pas, comme moi. Peut-être ces gens là ont-ils l’expérience « schizophrénique » du dédoublement entre ce qu’ils sont et ce qu’ils voudraient être qui soit la plus intense en matière d’écriture. Pour eux, la place de l’autre est aussi la leur. Vu qu’ils ne sont pas à une place attitrée, parce qu’ils sont en délogés tout le temps par le désir d’être « quelqu’un d’autre ». On réfléchit sur l’écriture d’autant plus qu’on ne réussit pas à s’y résoudre, à s’y dédier, s’y commettre, y consacrer son temps plus que psychologiquement mais pratiquement, dans le temps qu’on y passe activement, tout cela suffisamment pour terminer un vrai texte. Être suffisamment à l’écoute du mouvement de sa pensée, tout en en canalisant sa force désordonnée pour qu’elle devienne audible. Le « stream of consciousness » a été sans doute le plus bel aboutissement de cette tentative, chez Virginia Woolf. Virginia Woolf vous dit qu’un personnage déplace des braises dans le foyer de la cheminée et tout à coup un monde insondable, une pensée, se déploie devant vous et vous invite à la chevaucher, par pur plaisir. On imagine mal l’effort d’attention et de réactivité que cela implique. On pourrait cependant se demander ce qu’est un « vrai texte », sans condescendance pour des écrits qui n’atteindraient pas, sinon la notoriété, au moins la reconnaissance des pairs. Mais en réalité, comme pour le bien et le mal, tout le monde sait ce qu’est un vrai texte : c’est le sentiment qu’on a, quand on tourne la dernière page, de vouloir dire : ça c’est un « vrai » bouquin. C’est curieux d’ailleurs comme la matérialité de l’objet qu’on a entre les mains, le « bouquin » reprend ses droits à ce moment-là : écrire produit un objet, indubitable, qui existe « pour de vrai » comme disaient les enfants, sans doute avant le numérique. Je me laisse inspirer pour conclure ainsi par la remarque et l’expérience d’un ami qui lit, écrit, sans se considérer comme « de la partie ». Toujours peut-être le mot juste vient des êtres qui ne sont pas « de la partie ». C’est ce que le philosophe Deleuze soutenait dans sa thèse sur la « littérature mineure », la seule vraie, la seule en phase avec le monde sans en singer les travers mais en les découvrant, les exploitant, les faisant accéder au vrai livre, et il prenait Kafka comme référence « majeure ». Cela me semble que cela devrait suffire sur le sujet, en tout cas de la part d’un « faux » écrivain. Et je m’excuse : c’était trop long pur un « rapid ». Mais en même temps, c’était « Écrire ». Carrère, Nothomb, sans doute Houellebecq et, en résistance active et généreuse, Nabe, ont-ils insufflé le style de cet article.

prochain rapid : La démission

Photo by Geoffrey Whiteway from Freerange Stock (modifiée)

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