rapid adj 1 moving, acting or happening quickly; fast. 2 photog requiring short exposure. noun (usually rapids) a part of a river where the water flows quickly, usually over dangerous, sharply descending rocks. rapidity or rapidness noun. rapidly adverb.
ETYMOLOGY: 17c: from Latin rapidus, from rapere to seize. (Chambers Dictionary)
Il faut lire les opus de cet auteur chilien de langue anglaise bien traduit, ce qui vient peut-être de sa recherche dans son style d’une rigueur, d’une sobriété, d’un classicisme de mise avec son sujet : l’impact dramatique des sciences, en particulier des mathématiques, dans leurs implications physiques, atomiques, nucléaires, bref leurs conséquences mortelles sur le monde et sur les individus qu’elles ont condamnés de leur génie. De ces récits courts ou de MANIAC (pour Mathematical Analyser, Numerical Integrator and Computer, il fallait y penser !), sa magistrale biographie fragmentée du plus grand cerveau mathématiques du XXème siècle, John Von Neumann, père de la bombe à hydrogène, il ressort une « science romanesque » qui empreinte à la technique du fragment, donc, aussi bien qu’à la rigueur biographique inspirée, et presque « possédée », d’un Zweig écrivant les derniers jours de Montaigne, ou d’un de Quincey ceux d’Emmanuel Kant. Le côté ludique pour intellectuels y est incarné in extremis en fin d’ouvrage par le portrait du joueur de Go coréen légendaire Lee Sedol, qui, complexé par sa propre voix, sur-aiguë, a mis des années avant de se plier vraiment à l’exercice de l’interview et représente pourtant la dernière figure humaine ayant désespérément résisté, dans un combat épique comme j’en ai rarement lu dans la littérature contemporaine, avant d’être finalement terrassée sur le plan de l’intelligence par la machine qui s’entraîne elle-même (les fameuses learning manchines). Le moment où Labatut explique que le concepteur anglais d’AlphaGo, enfant prodige anglais des échecs, décide de ne plus limiter l’auto-entraînement de l’ordinateur à une base de probabilités, fondée sur les parties jouées entre humains, mais de la libérer totalement dans le champ des possibles pour qu’elle calcule elle-même parmi les milliards de milliards (je crois) de coups possibles, est vertigineux. De Lumières aveugles, son recueil sur les figures de la science qui ont connu un destin tragique et dont les inventions dérivent jusqu’à la catastrophe, selon une chaîne de causalité qui illustre bien le principe de Murphy : « tout ce qui est susceptible d’aller mal ira mal », souvenez-vous d’Interstellar… de cette galaxie miniatures de destins qui ouvrent sur les gouffres mathématiques comme autant de boîtes de Pandore, on retiendra, parmi tous les portraits des génies torturés que le kairos historique a mené au fond de l’abîme, le mathématicien Grothendiek. Son génie, comme celui des autres personnages, est certes expliqué, déployé avec une maestria indiscutable, par le récit ; mais ce qui marque, c’est peut-être surtout l’intransigeance politique qui le conduit à dédaigner la gloire scientifique pour la vie la plus indigente qui soit, perdu dans le Sud de la France, accueillant les marginaux situationnistes ou hédonistes de l’époque dans la bicoque qu’il achetée avant d’y mettre le feu. « Folie » de l’absolu que reflètent les derniers textes de Grothendiek, furieusement griffonnés dans une extase délirante qui relève de la pure illumination mystique. Voici un fragment de ses dernières notes : « 1970 — l’arrachement, entrée dans la mission ». Do not go gentle into that good night, disait le poète Dylan Thomas, popularisé, y compris pour l’auteur de ces lignes, par le film de Nolan, Interstellar, donc.
prochain rapid : L’IA à l’école
Photo by Geoffrey Whiteway from Freerange Stock (modifiée)

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