“IL SERAIT MAROCAIN OU D’ORIGINE MAROCAINE” — Attentat raté du Thalys (21 août 2015)

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“IL SERAIT MAROCAIN OU D’ORIGINE MAROCAINE”

Entendu en boucle sur iTélé ce matin : “il serait Marocain, ou d’origine marocaine” ; on a doit le droit de dire ça… D’abord, on a le droit de mettre sur le même plan une nationalité et une origine (“ou”), toutes deux hypothétiques (“il serait”) ce qui confirme la pertinence qu’on leur prête : elles sont hypothétiques, mais, dans le doute, on les “soulève”, on les met dans la balance, pour que d’autres ne vous l’apprennent pas, plus tard, avant nous (“on nous l’avait pas dit !” qui fonctionne finalement main dans la main avec le “on vous l’avait bien dit” où c’est bien sûr le “vous” qui compte) comme s’il s’agissait d’une des conditions fondamentales de l’événement (alors que présenté comme ça, il n’apprend rien, il ne fait que calmer en les grattant les démangeaisons reptiliennes de l’arrière du cortex) : pertinence légitime (étude du terrorisme, de ses raisons, de ses mécanismes, etc.) mais on n’aurait pas, bien sûr, précisé, par exemple : “il est Anglais, ou d’origine anglaise”, ce qui confirme l’idée qu’il s’agit de “titiller” l’usine à névroses de l’arrière de la tête (là où le serpent se niche) plutôt que d’avancer des hypothèses socio-politiques. Mais, enfin et surtout, la nécessité de mettre en avant “l’origine” : ne rappelons pas qu’il y a là encore une course à la Licorne, quant à savoir quel est le creuset le plus pur de l’origine française, on peut concevoir, encore une fois, qu’il soit pertinent de distinguer les “origines” géographiques et culturelles des gens pour compléter une étude, analyser des mœurs (les Auvergnats sont teigneux), éventuellement d’ailleurs pour les dégager de leur gangue endémique, (l’âpreté des Auvergnats ne vient pas de l’altitude ou du manque d’iode) ; mais on ne peut pas, même par facilité de langage, lorsqu’on est journaliste ou historien (on peut au bistrot, par exemple) suggérer une équivalence, pas même morale ou culturelle mais même uniquement de nature intellectuelle, entre une nationalité et une origine ! Ce rapprochement ne peut avoir d’autre raison que d’alimenter de manière fructueuse (l’au-dience) les amalgames. Une “origine” n’a rien à voir avec une nationalité ! Rien, rien et rien ! Le scandale le plus flagrant est donc dans la présentation concomitante, sur le mode du choix nul, de l’alternative équivalente (“fromage ou dessert, vous prendrez bien un peu des deux ?”) de la nationalité et de l’origine, dont ne compte finalement que le seul dénominateur commun : “Marocain” (avec au surplus un jeu supplémentaire d’annulation dans l’alternance de la Majuscule et de la minuscule : substantif ou adjectif, on vous parle de la même “pâte”, celle dont sont faits les Terroristes, à qui on accordera la majuscule du Diable ou la minuscule du délinquant) : c’est cette “offre”, cette proposition, et même cette “invitation” qui est odieuse : “il coule dans leur sang un virus dévastateur” etc. mais aussi (car le problème ne se réduit pas à la stigmatisation, qui reste énorme mais n’est pas exactement mon propos) le fait qu’on nous dispense de différencier les deux. Pour résumer : “il serait Marocain”, ou “il serait d’origine marocaine” pose un problème auquel nous sommes en permanence confrontés, celui de la présomption de culpabilité à cause du conditionnel “serait” (piège à la “Minority Report” pour les amateurs de Science Fiction), mais le choix indifférent entre les deux (“Marocaine ou d’origine”) en présente un autre plus subtil peut-être, en tout cas plus choquant encore me semble-t-il : celui de la réduction de la nationalité à l’origine et, de là, de l’assimilation des deux sur le ton du “peu importe”, qui avance en charentaises dans les écuries d’Augias. Ainsi, une double incertitude, celle de la véracité des faits (“serait”) et celle de la valeur de l’hypothèse (“ou”) finissent par produire le pire mensonge : qu’importe au carré, vous saurez qu’il y a “peut-être” (mais qu’importe) un lien avec le Maroc. On pourrait essayer de reformuler l’implicite d’un pareil propos à la façon des substitutions freudiennes (sans majuscule) — “il ne le hait pas” = “je le hais” — d’une formule comme : “Il est absolument certain qu’il est peut-être, peu ou prou, Marocain”, ou : “il est absolument certain que vous avez le droit de penser qu’il est (qu’importe le sens d'”être” ici) Marocain”… Dès lors nous sommes autorisés à penser ce que nous pensons déjà de pire. Dès lors, sans même aller chercher les causes de ce travestissement, dont les racines plongent vraisemblablement dans le bourbier d’une cynique cupidité médiatique qui fait flèche de tout bois pour agglutiner les cerveaux reptiliens devant l’écran, sans même aller plus loin, rien que cette désinvolture intellectuelle est un signe inquiétant de l’état du monde, de l’Europe, de la France, qui est à la fois la France, mais aussi l’Europe, et, partant, le monde.

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