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Hier, après que j’ai publié l’article précédent, sur les attentats de Nice et leur inscription dans une symbolique que j’ai essayé de comparer à celle de la tuerie du Bataclan, un ancien élève, Joseph Béchameil, aujourd’hui ami, a réagi.

Cela donne l’échange de mails suivant, qui ne manquera pas de se prolonger, plus tard, à la faveur de circonstances plus propices.

J’ai pensé qu’il pouvait vous intéresser. Il vous est livré ici “tel quel” (sauf pour nos fautes respectives 😉 ).

N’hésitez pas à nous rejoindre dans la discussion…

Joseph — Est-ce que ça veut dire que les schémas des journaux trahissent un manque de confiance dans les habilités des policiers?

Sébastien — Je crois que du point de vue des journalistes, non : ils sont indifférents à la question et ont seulement intérêt à ce manque de confiance qui leur permet, à mon avis, de s’attribuer une prétendue expertise, qui aurait autorité sur celle, prétendument défaillante, des forces de l’ordre.

Du point de vue du public, le manque de confiance va de paire avec une reconnaissance manifeste, et manifestée. Deux points de vue qui semblent se compléter selon un besoin de compensation symbolique : les flics sont nuls et c’est de leur faute (point de vue qui me semble aussi être une compensation à un sentiment d’échec personnel) ; les flics sont des héros (point de vue qui répond à un besoin de croire que le bien peut triompher et qu’il participe quand même de notre société).

Je ne sais pas si ça répond mais merci de ton intérêt, je trouve la question excellente.

J. — Si ça répond totalement!

Mais est-ce que tu trouves alors que la question de : “est-ce que on aurait pu éviter tout ça” est mauvaise ou sans intérêt?

Je crois juste aussi que certaines des images ou des cartes interactives sont moins “polies”, d’une certaine manière, et trahissent plus que les articles écrits, que les journalistes savent beaucoup mieux contrôler.

Comme ça par exemple :

http://www.nytimes.com/interactive/2016/07/14/world/europe/trail-of-terror-france.html

S. — Oui, je crois que la question de savoir etc. est inutile tant qu’on ne la pose que sous le coup du tragique, c’est-à-dire quand on ne la pose pas vraiment. La vraie question, je crois, ce sont DES questions, qui, autant que j’arrive à y voir clair, autrement dit pas bien loin, rejoignent toutes celles qu’on pose depuis l’antiquité pour poursuivre l’idée d’une société idéale. Le problème c’est de trouver aujourd’hui un modèle universel, dont tu me diras qu’il est une utopie.

Pour les images, je crois que tu as raison : les journalistes tiennent un discours poli, faussement humaniste, où ils ne se “mouillent” pas (ne prennent pas de risque), où tout le monde, ou presque, peut trouver son compte. A côté de ça, très bien vu je crois, les images permettent de travailler les mauvaises passions du spectateur pour le rendre “accro”, addicted.

J’ai bien compris ce que tu voulais dire ?

J. — Complètement oui, j’ai vu beaucoup de journalistes aussi de journaux non-francophones déguiser leurs questions avec des titres comme : “La France se demande maintenant X, Y”, ou : “Les citoyens de la France posent questions X” et ils renoncent à toute analyse avec des phrases comme celles-là.

Mais peut-être je devrais juste te laisser si tu es en vacances en Grèce!

Fait gaffe aux éviers…

S. — Non, tu me passionnes !

C’est exactement ça : l’art de faire croire qu’on donne la parole en faisant parler une identité globale et abstraite. Il faut qu’on reparle de ce point-là : la généralisation.

Je te propose même qu’on ajoute notre “entretien” en complément de l’article ? 😉

J. — Vas-y !