Magie des dates… J’attrape le livre machinalement hier soir, enfin ce matin plutôt, il était minuit passé. La date ne me frappe pas d’abord, je feuillette quelques pages et j’y reviens par une espèce de soupçon : c’est bien ça, le téléphone confirme, nous sommes le 2 décembre, jour de la prononciation du discours inaugural de M. Foucault au Collège de France. Les dates, ça fait commémoration, je sais, mais c’est leur mystère qui me retient, comme une balle dans le tissu du temps. Je reprends les pages où je m’étais arrêté il y a quelques semaines, mois ?, je relis le passage sur la parole dogmatique, je me répète le raisonnement : la parole dogmatique soumet l’individu par l’énoncé, il ne peut tenir les discours qu’il veut et doit prononcer ceux qu’il faut, tandis qu’elle soumet l’énoncé par le groupe virtuel des individus parlants, supposés appartenir à une origine, une identité, etc. qui les distinguent des autres groupes. En les sommant d’appartenir à son discours, la parole dogmatique assure aux membres du groupe leur électivité. L’actualité de ce discours est frappante. Mais son essor est devenu pervers. C’est désormais le cool qui impose sa parole dogmatique. Et, inversement, le discours qui le démasque voit sa fermeté prise, à dessein, pour du dogmatisme. L’ordre du discours (quel titre!) a désormais produit le désordre dogmatique de la mascarade. Mais je ne vais pas prolonger Foucault ! Je parlais des dates. Il y a 48 ans, donc, jour pour jour, dans quelques heures, Michel Foucault prononçait ce discours. Le 2 décembre, c’est aussi, 1851, le coup d’État de Louis-Napoléon, conséquence à rebours de la révolution de 1848 et qui fera écrire à Marx son 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852), où il dit que les événements historiques majeurs et tragiques se répètent sous forme dérisoire et dégradée, comique : « tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Jour pour jour, je le répète, M. Foucault prononçait donc « aujourd’hui » son discours chargé de lever les pièges du dogmatisme. Qu’est-ce que je dis quand je dis ça ? Je ne sais pas trop, peut-être juste mon besoin d’inscription dans le temps, d’ancrage dans la trame qui se laisse parfois replier sur elle-même, mais cette coïncidence me met en joie, elle me semble de bon augure. Alors, bon anniversaire!

Sébastien Pellé, Le 2 décembre 2018.

I'm writing. Poems. Stories. Songs. And not so boring reviews about movies, actors and, if I get really angry, news. In the blank spaces, I'm teaching. "Littérature". ""Theater"" (double quotation marks, nobody can teach Theater... nobody can teach anything...) In a high school. A French one. In Copenhagen. Denmark. Capital city. My biography is still in progress, not that impressive (don´t be shy) and will be updated when required. Next time I'm considering quitting everything for a non-sense relocation project of myself in Louisiana (the American one). Here it is folks. Enjoy reading (and not only me). Sébastien

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