XIV

PAS LA QUESTION

Je prends le dernier personnage au dernier cintre je l’enfile et me dépouille du dedans ce sont quasi tous des bovins méchants par dessus le marché comme un lapin qu’on met à nu d’un tourne-main on lui enlève son étui de ce qui pouvait être moi le personnage liquéfie patiemment comme une lente décoction toute l’histoire il s’infiltre et remplace un à un les organes de l’espoir et l’angoisse c’est un grand chirurgien il opère en aveugle en effaçant tandis qu’il forme du nouveau après un bain de nuit dans le néant où j’ai perdu ma consistance me voilà je rétablis est-ce un rebord une margelle il faudra quand même avancer un pied devant et l’autre après on s’en remet au mécanique pour balbutier ses premiers pas tout est désert avec du sable et le soleil vient tout mouiller avance c’est un épisode encore un autre et puis la fin soleil levant rouge aux éclats

Je veux qu’elle ait un goût pour moi et qu’elle dessine du doigt des mélancolies sur sa table si elle pense à ma distance je veux que penche son bureau le souffle coupé au couteau là sous la côte sous la peau je veux qu’il soit là ce soupir inconnu qui ne veut rien dire car on ne force jamais rien je me veux dans ta peau comme un chiffon peau de chamois qui te lustrerait en sourdine un papillon toujours un peu plus égaré nos doigts se sont-ils enlacés est-ce ma main est-ce la tienne volonté d’impatienter mais parce c’est déjà attendre vaine antienne contempler c’est être déjà arrivé c’est là ou ce n’est pas là rien n’est jamais vraiment ancien et ne sera jamais demain si ce n’a pas été inscrit filtré dans les pores du temps et imbibant sa trame jusqu’en son dernier fil et surtout celui-là buvard perte de vue le désert absorbé

Je donnerais le petit doigt pour être un instant dans sa tête je donnerais un œil pour savoir ce qu’elle pense voir si quand elle pense elle me voit et si je suis aussi une source inquiétante ou je la pousse vers l’avant et la fait trébucher parfois ou revenir sur ses pas pour rien pour ce qu’elle a oublié d’oublier si elle se sent enveloppée dans un coussin quand elle songe que peut-être moi aussi on voudrait tous un peu ça mais qu’y gagnerait-on si si si moi je veux regarder je veux me pencher j’aime beaucoup le miroir au fond des puits qui rétrécit qui rétrécit je prends le risque juste avant de réaliser pour de bon juste l’ambiance tâter les sables émouvants le fond de l’air tremper un doigt dans l’eau qui court à contresens voir d’où vient l’orage et s’il y en a je tapais autrefois sur une souche avec un bâton c’est pour les attirer mon ultime impression

Copenhague, le 14 Septembre 2019.

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