Faut-il attendre d’avoir le temps pour lire ? Est-ce au contraire parce que notre temps est compté qu’il faut lire le plus possible ? C’est parce qu’on n’a pas toute l’éternité devant soi qu’il faut choisir, et s’absorber sans se précipiter. C’est à ces paradoxes que se confrontent l’être fini que nous sommes. J’essayais d’imaginer ce qu’en penserait un immortel. Et la réponse m’est apparue sans ambiguïté : il lirait tout le temps. La procrastination n’est finalement un rapport au temps perverti qui n’atteint que ceux qui ne l’ont pas. Gaspiller le temps qui m’est compté : voilà l’humain tout entier. Le prince Mychkine en a fait l’expérience quand ses résolutions à vivre chaque seconde sont parties en fumée, faute que la poudre fût enflammée lorsque le Tsar suspendit à l’ultime instant son exécution. L’expérience réelle de Dostoievki, victime de cette mise en scène du tsar, redouble la mise en garde : de ton temps tu feras quelque chose. En attendant, dépêchons-nous de cesser de ne pas lire, avec, ou non, un livre entre les mains. Pour ma part, je ne suis pas intelligent pour m’en passer.
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