On s’en empare

On s’en empare

Je tiens le siège je n’étonne plus personne
avec mes murs en liège et mon pack de Tuborg
j’ai jamais vraiment su grandir
je prolonge ma crise d’acétone
et dans un coup de sang un soir j’ai fait brûler Babylone
je fais le chaud le long des ports je me pends au cou des émirs
demain le monde c’est sûr sera
un peu pareil mais en pire
là comme il a dit Houellebecq
là comme il a dit Houellebecq

Alexandrie s’est pas fait prier
toi tu supplies pour pas te faire griller
tu voudrais l’amour pour toujours mais avec du Gucci autour
on est tous des grenouilles pendues au cou du roi de la Terre des Fours
et pour ramasser nos couilles il faudrait tomber du toit
et faire un joli feu de bois
de l’ego qui transperce de l’ego qui disperse
il faut se passer de soi

La solitude est brûlante la solitude est grande
j’ai mes remparts contre le néant
j’ai mes astuces j’ai mes Lego
je parle aux morts et aux absents
quand le silence est chaud brûlant
comme un incendie dans la brume
un flaque d’essence sur le bitume
on reconnaît plus Attila l’herbe repousse un truc de ouf
il a mis des mules à ses chars il fait la guerre en pantoufles
pour moi les jardins suspendus c’est un peu tout du déjà vu
on peut plus maudire Pharaon sans passer pour des intrus
car ça défrise les cocktails
du démon des merveilles

Ma dégaine en chewing-gum c’est pour glisser entre les doigts
et mon faux regard d’Al Capone c’est pour que tu me confondes pas
c’est juste pour être plus vitreux et tout à fait illisible
tu me diras dans l’interligne si tu saisis entre les signes
par où je suis prévisible
si tu saisis par où je saigne juste avant la mort du Cygne

Moi je suis né dans la Nièvre c’est pas trop la Sierra Leone
mais il faut quand même faire son trou pour pas finir invisible
pas faire le chaud sous la braise et prendre Jackie pour une pomme
trouver la forme et les écrous pour percer dans l’agricole
ouais ma dégaine en chewing-gum et mes fringues rétro Al Capone
servent à vider la rue de tout ce qui me pollue
tu m’étonnes frère j’ai pas vécu comme toi
moi c’était plutôt malabars et les fraises Tagada
dans la campagne entre deux cars
y a moins de joints pour les écarts
mais aujourd’hui qu’on se lève tous
à peu près tous au même niveau
je te propose qu’on s’accompagne pour faire un tour dans le canniveau
plutôt que de se sucer les os sur le radeau de la Méduse
car la discorde finit par rompre le cours de nos pensées
car la discorde nous use
car la discorde nous cède
nous force à lâcher du leste
car la discorde la peste

Ce sera pas la descente du Nil ni la vie d’un long fleuve tranquille
maintenant qu’on se lève tous
un peu trop tôt dans la mousse
qu’on écarquille dans la buée du bus
trop de pensées désespérées en plus
des frustrations d’anti-héros
on voudrait peut-être tenir à deux
un rôle dans le dernier métro
mon vieux frère
mon vieux frère

Je vois personne je les vois tous on est tous serrés dans la frousse
de n’exister vas y enchaîne il faut la brousse
je viens de voir dans le Jura ils viennent tout juste de tuer un lynx
c’est véridique mon Booba c’est pas l’ourson dans ton larynx
qui aboie plus depuis des ans du bon côté de la barrière
il en reste peu et beaucoup trop au mauvais bout de la lanière

J’ai fait la zone
dans mes rêves
de la zonzon
dans une pouponnière
dans les récits où je me branle
sur le diamant des rivières

Tu fais trois mois d’humanitaire après tu pars à Dubaï
même si c’est pas trop cohérent tu sens pas le train qui déraille
vu que t’es trop défoncé(e)
camé(e) de la tête aux pieds
je vois personne je les vois tous on est tous serrés dans la frousse
de n’exister vas y enchaîne il faut la brousse
on veut sentir la secousse
d’être juste ou de ne pas
d’être ou de ne pas être

on a mérité le grand amour mais il y a du pétrole autour
on a mérité le firmament mais ça dit Fin sur l’écran
on a mérité le grand amour mais il y a du pétrole autour
on a mérité le firmament mais ça dit Fin sur l’écran

Copenhague, le 9 juillet 2020.

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