Être sans rien
Le titre est improvisé. Il résume tous les autres titres que j’ai oubliés. J’écris à un doigt, le pouce, au téléphone. L’autre main tient un verre de vin. Je devais parler d’un état. Celui des gens qui n’ont plus de garantie. État que je partage avec un peu de sécurité, mais pas beaucoup.
Il me revient le point essentiel de mes circonlocutions : l’état de ceux qui n’espèrent à peu près rien, sans romantisme, l’état où il est trop tard pour espérer que la situation ait encore un lien, imaginaire ou raisonnable, avec l’espoir. État marqué de liberté où on apprend que la liberté est dure, qu’elle a un prix, comme on dit : état où on ne peut être sûr d’être à l’abri d’une inquiétude qui anéantit tout espoir : celle d’être en mesure, pour toujours, jusqu’à la fin de l’avenir de se prémunir d’une horrible nécessité : devoir faire des métiers aliénants pour vivre. L’humanité est coupée en deux par cette inquiétude.

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