Paresse = montage

Je monte donc je suis.”, Descartes plâtrier.



Rien de plus nécessaire que l’introduction de la morale laïque à l’école. Je souffre encore, aujourd’hui, de ne pas avoir connu cette formation élémentaire. De là, un parcours erratique et contradictoire, un manque de sérieux et un humour mal placé, tout cela aggravé par des lectures dont l’immoralité n’est plus à prouver. L’immense poète communiste Paul Éluard trouvait déjà que les Fables de La Fontaine étaient foncièrement immorales. Il avait raison. Je ne suis pas fier d’avouer à la commission de contrôle que j’ai adoré me réciter à haute voix Les fleurs du mal, du réactionnaire Baudelaire, sans oublier les monstrueuses inventions du marquis de Sade, lues en cachette de mes professeurs. On ne m’a pas assez appris à me méfier de ces influences délétères. J’étais anarchiste à cinq ans, surréaliste à douze et, immanquablement, ultra-gauchiste par la suite, avant de célébrer, ultime provocation, la grande intelligence perverse des jésuites. Mon cas aurait pu être évité, dès le jardin d’enfants. Je ne connais pas de formule plus dangereuse que celle de Rimbaud : « La morale est la faiblesse de la cervelle. » Veillons à ce qu’elle ne soit pas reprise de nos jours.


Philippe Sollers, Le Point.fr, 26 avril 2013.



Je ne crois pas avoir la volonté de contredire mes contemporains. Ça se trouve comme ça, parce que dans la création, on ne tient pas le moindre compte de ce que peuvent penser les contemporains. On ne peut pas concevoir de création sans aptitude à ne pas tenir compte de ce que pensent les contemporains. À la relecture, bien sûr, on se dit qu’on va se procurer des ennuis supplémentaires… Et l’éditeur peut intervenir pour vous persuader de ne pas garder un passage qui vous attirera des ennuis pour rien. Mais quand il s’agit vraiment de choisir, ce n’est pas un critère de vérité mais un critère esthétique qui l’emporte. Quand c’est trop réussi, on n’a pas le cœur de retirer un passage, même injuste, stupide ou provocateur. Concrètement, le passage de l’Égyptien dans Plateforme, ça faisait rire tout le monde ; c’est un peu bête, ce passage, mais c’est drôle. C’est sans doute pour ça que personne ne m’a demandé de l’enlever.


Michel Houellebecq, propos recueillis par Marin de Viry pour la Revue des deux mondes, le 14 avril 2010




La mesure aménageante de l’être humain rapporté à la dimension qui lui est mesurée conduit l’habitation à sa structure fondamentale.

Martin Heidegger, “L’homme habite en poète…”, Essais et conférences, 1951.


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