À propos du livre de François Bégaudeau, Histoire de ta bêtise et des critiques qu’il suscite, en particulier celle de Jean-Marc Proust, chroniqueur pour Slate.fr, https://www.slate.fr/story/173388/francois-begaudeau-histoire-de-ta-betise-mepris-classe-bourgeoisie qui s’est confronté à l’auteur dans l’émission de Frédéric Taddéi, Interdit d’interdire.

Eh bien Bégaudeau a raison et résume bien le problème : la difficulté de critiquer l’inculture volontaire de la bourgeoisie sans être accusé de vouloir imposer sa culture, comme s’il n’y avait aucune œuvre, ou pensée qui soit essentielle et qu’on pouvait même relativiser l’obligation de s’intéresser à des angles majeurs de la réflexion humaine. Le « critique » de Slate.fr est totalement à côté de la plaque, ressassant l’argument bien connu de la culture de classe : joli renversement paradoxal, qui fait taire la seule critique valable, celle qui les accuse de cynisme finalement : en relativisant la culture, en défendant l’idée d’un savoir subjectif, la bourgeoisie renvoie au caractère particulier de toute critique celle de son égoïsme, de sa violence, de son aveuglement. Tu me dis que je n’ai pas suffisamment réfléchi à la justice ? Mais ce n’est que votre vérité très cher. La prouesse consiste finalement à rétablir en permanence la quadrature du texte. D’ailleurs, ce faible analyste ne peut citer que les renvois du livre à des détails « concrets » selon la même pauvreté d’esprit (eh oui, je suis moi-même un horrible tyran culturel aveugle qui impose SA culture aux autres) que celle mise en branle pour reprocher à Houellebecq d’inventer un narrateur qui méprise l’écologie tout en pleurant l’élevage des poulets en batterie. Le plus inquiétant, c’est que les militants de ce relativisme absolu ne semblent pas capables, pour quelque raison que ce soit, de comprendre ce qu’on cherche à leur dire. Non, vous n’êtes pas obligé de lire Foucault ou Deleuze, ce n’est pas un dogme, mais qu’avez-vous fait qui soit un équivalent de cette lecture, ne serait-ce que pour la contester ? Un rempailleur de chaises qui ne lirait jamais peut connaître la pensée de Deleuze sans la lire. C’est cela que nous n’arriverons jamais à faire comprendre à ceux qui ne le veulent pas. Rancière nous montre que nos idées sont fausses ou néfastes ? Mais Rancière, c’est une culture parmi d’autres. Aucun argument n’a donc finalement plus aucune valeur, la parole n’est plus qu’une expérience, une proposition fortuite, elle n’est plus que son. C’est qui les tyrans ? Ben comme d’hab’, c’est celui qui dit qui y est.

Sébastien Pellé, 23 mars 19.

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