La critique littéraire n’est pas morte et, par voie de conséquence, la littérature non plus…

Une réaction de lecteur émérite à la nouvelle des Deux Portes : https://sebastienpelle.com/2019/03/19/les-deux-portes/

Je te prie de pardonner mon retard, ce n’est que maintenant que je t’écris en réponse à la nouvelle que tu as écrite. Je ne citerai pas ici mon opinion sûrement peu intéressante puisque c’est un texte parfois hors de ma portée, mais j’aimerais plutôt mettre en avant l’effet que cette lecture produit, c’est-à-dire ce que la lumière naturelle en tire. Je n’attends rien en retour, ni que tu fasses usage de mon regard sur «Les deux portes», ni même une réponse. C’est simplement le minimum syndical !

Je commencerai par la chose suivante ; cette lecture comme je te l’avais dis avec « La Rencontre » a la qualité d’être saisissante, on la lit nécessairement jusqu’au bout et je dirais que c’est le rythme qui cause cela. Le rythme, puisque l’histoire de Débora est dynamique et qu’on y trouve beaucoup de spontanéité et de virages. Dans la forme, une autre grande qualité est le maniement chirurgical des textures : (p 1) « fait de la matière des meilleures pensées » ou « les sièges sont de flammes mais les pieds de chaise doivent s’enfoncer jusqu’au cœur de la terre ». Ces choses là ajoutent une réelle vibration au décor, et font que les détails comptent. Un autre caractère bluffant dans cet écrit est le maniement de l’espace, enfin ce dernier est un thème tout au long du récit. Le maniement du petit et du grand, puis de l’infini, l’intérieur devient extérieur et vice-versa, ces choses là épousent bien l’abstraction spatiale : deux portes, où ? Puis Débora est dans un pré, puis une ville ? Puis la deuxième porte ? Bref, tout ça ne marcherait pas si bien il me semble sans le thème spatial. Une autre chose qui plaît beaucoup est l’habileté de décrire des sentiments complexes avec beaucoup de clarté, le lecteur se projette à ces moments et le texte prend donc nécessairement de l’importance pour celui qui le lit (paragraphe 5 et 6 p 8 par exemple). Enfin la dernière chose qui est vraiment essentielle dans « Les deux portes », car j’ai l’impression que cette chose est le cœur et la volonté de cette œuvre, est un fond à deux faces qui marchent ensemble de manière sublime. L’une d’elles est la critique fondamentale du monde contemporain, avec ces saletés de gosses qu’on reconnait si bien ! Puis la famille moderne, complexifiée avec la grand-mère, tout ça est très saisissant ! Mais le plus impressionnant, c’est le mariage de cet aspect avec Dieu, les infinis et la mort (c’est l’autre face qu’on découvre à la fin), intégrés avec beaucoup de style et qui sont liés à la critique mentionnée précédemment par des outils littéraires qui sont le fil conducteur (le jeune homme et la gourmette), qui font que tout se tient avec beaucoup d’équilibre.

J’ai relevé certaines choses qui me plaisaient moins et d’autres qui échappaient à ma compréhension. Je trouve parfois qu’il y a des maladresses, non pas parce que c’est mauvais mais parce que ça ne tient pas avec ce qui est écrit avant. D’abord, je ne savais pas quoi penser des mots en anglais, contribuent-ils à la critique ? Je ne sais vraiment pas et j’aimerais que tu m’expliques la nature de leur emploi. Je remarque aussi que certaines choses pourraient être écrites avec plus de style. Par exemple, on voyait page 6 qu’une critique s’installait mais de manière subtile, puisque tout ça était très implicite. Puis en haut de la page 7, j’ai comme l’impression que cet implicite est assassiné avec le passage de la « localité », bien trop explicite et direct, j’ai trouvé ça un peu dommage. Encore en bas de la page 7 (les enfants regardent Débora écrire), il me semble que c’est très pertinent mais dit avec moins d’habileté.

Je finirai par la chose suivante : les motivations qui ont engendrées ce texte sont claires, puisqu’on les sent et c’est d’autant plus splendide car elles sont vraies (j’emploie ici le terme « vrai » comme tu l’entendais lorsqu’on parlait du génie la dernière fois, au bar). Il y a cependant un problème, voilà comment je le mettrais en évidence ; lorsque je repense à cette nouvelle, je repense exactement à ces motivations, mais à ces motivations comme idées. Alors que quand je repense à « L’éducation sentimentale » je vois tout de suite Paris, les amantes de Frédéric, et une toile entière se dresse véritablement devant mes yeux. Voilà ce qu’il manque, des couleurs. Les textures que tu manies si bien sont laissées au détail, vise plus grand ! Vise le grand format !

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