IX

LES PISCINES GLACÉES

Ça y est j’hiberne je dérive le temps aura discontinu le souffle court je vois les trous sur la banquise et si j’avance à chaque pas je risque le vide immédiat car je pénètre dans la buée d’un oubli d’un relâchement d’une main échappée c’est la chute impartiale une griffe venue du dessus sans un plissement d’air rien entendu rien ressenti pas même une montée de fourmis pas la moindre vibration aucun essaim à l’horizon la griffe aux épaules sans la moindre douleur proprement un ravissement je suis ma propre apesanteur je suis ma propre négation ravissement instantané sans sensation d’air emporté dans les airs sublimé de la matière à la poussière en un tour de poignet et sans la moindre explosion et tu me laisses sur le quai le pas d’une porte sans pas à contempler les choses qui n’arrivent pas salle d’entrée d’un musée qui repousse en moi ses tombes et ses ombres et ses lierres et tous ses végétaux noirs sa danse de la fin du monde et sa fraîcheur comme un nouveau commencement joie de fontaine et enfantine sous la lune au ciel chargé

Fini n’a pu et même si j’avais prévu c’est toujours un peu différent et inédit dans son rappel de néant son goût de cendre au goût de débandade où point quand même à l’horizon ou tout au fond ou tout en bas son ptit côté enrichissant mais je sais bien que je m’écluse je me draine et je recycle l’amertume des joies passées remballées courtes amuïes au laminoir de mon très grandissant cynisme à la limite ultime et à renouveler de ce que je me suis interdit il va falloir que je me provoque vraiment fort si je veux m’en sortir sortir tout court je veux dire aller dans la cour chercher du pain sans que ce soit la chute libre et les pensées philosophiques périmées en filigrane des paquets des surgelés il va falloir que je m’y mette c’est pas gagné je n’ai plus du tout la main je glisse il faut que je me laisse de côté et je ne sais pas faire

Allons gaiement bomber le torse en d’autres cieux plus c’est grotesque et plus ça marche allons allons pas de chichis c’est un peu de douceur aussi la piscine glacée qui rappelle un peu mais en un peu nouveau aussi toutes les douches froides les pieds dans le tapis et les nuits en couloir les attentes aux fenêtres des deux côtés dans la rue ou dans la pensée et le téléphone la lettre qui n’arriva pas et cætera et cætera à quoi bon respirer j’en remets une pelle

Copenhague, le 10 Septembre 2019.

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