Les transis éparpillés

Les transis éparpillés

Puisqu’il fallait choisir de mourir en naissant
J’accepterai mon sort qui est de regarder
À l’abri des regards le spectacle des êtres
Plus tout à fait vivants sans rien laisser paraître

C’est trop rimé je sais et ça ne fait plus rien
Les cœurs et les cerveaux au bien-être physique
Se sont tous adonnés et la magie de l’ordre
Remue la queue du chien qui ne voit plus sa corde

On passe ce temps-ci à gérer des machines
Avec cette passion d’entretenir sa forme
Comme seul horizon et la psychologie
Danse le dernier bal surtout pas d’ironie

L’ami n’existe plus on est des partenaires
Mercenaires d’oubli faits pour durer un temps
Personne ne mettra sa main au feu sans gant
Ni sa langue à couper on marche dans le sang

Sans même se refléter dans la flaque inerte
Qui n’est plus qu’un écran fermé sur les egos
C’est sans doute un mort il faut se montrer patient
On le saura bientôt est-ce qu’on est parent

Et le plaisir factice de ne rien manquer
De n’être pas malade et d’être dans le ton
Est le seul point de mire et l’on n’est jamais deux
On ne veut plus de soi puisqu’il faut être heureux

Dans cette réclusion à ciel ouvert je souffre
Comme un poisson béant qui de sa bouche folle
Aspire une eau que l’air a rendu imbuvable
J’essaie de ne rien dire qui soit regrettable

Personne ne peut lire et pas un n’entendra
On ne laisse plus Lyre éditer ce qu’elle veut
Le chant doit être vain sinon la dérision
Montera aux jaloux cruels à profusion

L’Autre de sa main molle pousse dans le dos
Attend que tu trébuches et joint l’autre camp
Plaque de granit entre ceux à qui tu tiens
Bien trop éparpillés qui s’écorchent en vain

Les tuteurs quoi qu’ils soient ne font plus qu’investir
Ne voient en l’avenir qu’une nécessité
L’enfant n’était pas né qu’il est déjà marchand
On verra pour après l’étoile au firmament

Car le défiguré le Saint qui se dévore
Est ange en vérité les gisants les transis
Ne peuvent se brûler qu’autant qu’ils ont l’espoir
De voir une étincelle au fond de ce mouroir

Et les justes modernes sont rendus solubles
Par leur exposition sur la place privée
Car il faut préférer en ces temps illicites
Les complaisants aux fous qui montrent les limites

Il faut se dépecer ou se taire à jamais
Il faut se retirer du spectacle final
Le crétin devenu un soleil triomphant
Qui cache de la Joie les rayons finissants

Copenhague, 24 mars 2020.

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