Couples (6ème extrait de la Suite en x)

Ils sont beaux là simples et nets
accouplés comme des pierres
avec les fentes du burin
On dirait deux galets

Leur chair est blanche comme crème avec des tâches et des morsures
et ils étonnent d’un frisson
quelque chose brun

Diables et tresses dans son dos
comme un serpent qui la dévore
de l’intérieur
Elle est toute courbée toute griffe

Sa colonne est posée aux pieds des monts extrêmes
où l’Orient se replonge
dans sa mémoire et son absence

Ses cheveux se sont oubliés dans son poing
Son pied est au couchant sa gorge à l’équinoxe
et ses mains se sont prises aux chardons rouges
qui donnent des poisons et des baisers

Grappes baies une coulure aux coins des lèvres
un peu bleuie un peu violette
d’une couleur qui ne ment pas

Et le sourire fendu sur la terre
Diables et tresses par derrière
Là où sa main s’est arrêtée tout son sexe a pris forme

Ils ont bu si longtemps sans jamais respirer aux plis de l’un de l’autre
que leurs corps ont fondu

Faut-il que les ronces les lianes les enserrent à jamais
Faut-il les arracher aux mousses
en tirant fort sur les racines par en-dessous
Au risque de pencher le monde un peu plus dessus le grand trou

Ils sont posés là sur la rousse
pelure ardente des lichens
Corps que plus rien n’assouplira

S., 14 octobre 2017

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