Chers amis, le temps m’est compté. Cet article est une ébauche qui irradie je crois vers d’autres perspectives qu’il faudrait indiquer plus explicitement. Néanmoins, puisque, physiologiquement et socialement (je n’ai pas dit politiquement), le temps m’est rare (paresse, ô délicieuse paresse eût du dire Rimbaud s’il eût été réellement « feignant » – de feindre -), je livre le texte avant que son habillage et sa prolongation nécessaire ne le rendent complètement légitime.

C’est une réaction à un article de l’excellente revue en ligne AOC : https://aoc.media/analyse/2019/05/27/quand-la-rentabilite-economique-pretend-dire-le-travail-des-medecins/?fbclid=IwAR2rFoEm0A7Opnc9SJvYXH4plDE2NroTVi0oduSIl8t5_47P40AR1OvtPo8, sur l’invasion de l’hospitalier par le gestionnaire. Combat perdu d’avance, ma rhétorique généralement apocalyptique a cédé le pas (précédent à pérenniser) à une ironie douce amère, empreinte peut-être d’un peu plus d’espoir que d’habitude.

Si cette précipitation ne doit pas trop à la procrastination dont je nous accuse justement dans l’article, et si, bien sûr, les Dieux de l’écriture me prêtent flamme, il aura sa reprise plus achevée, un jour…

À vous, le 27 mai 2019, à Copenhague, Sébastien

L’hydre, l’ogre, le prestidigitateur infernal qu’est la Gestion frappe le milieu hospitalier, comme il frappe l’école et la justice. Ce n’est pas le monde de demain, oublions les fausses perspectives qu’esquissent les mauvais et optimistes (procrastinateurs ?) lecteurs de la science-fiction et des créations dystopiques à succès : elles indiquent l’épouvante du maintenant, pas le spectre hypothétique d’un avenir cauchemardesque. L’asymptote (un point final inatteignable) a une manière bien perverse de nous rassurer : elle nous rend complices du désastre en le repoussant dans un infini presque biblique, d’une Bible laïcisée qui ne retient de l’infini que son caractère de limite virtuelle, alors que l’infini est là, dans son abomination de néant et dans sa plénitude de sublime potentiel, à réaliser, pour le meilleur et pour le pire, mariez-vous ! épousez le présent, disait Ronsard qui n’avait vent que des jupettes récalcitrantes !… Notre problème est à peine plus majeur (que les jupettes rétives, qui sont quand même un vrai problème) et il nous adresse la même injonction : prends conscience que le pire sait se réaliser, Maintenant. Encore un argument contre la résilience prônée par toutes les psychologies qui cherchent finalement à nous faire digérer l’horreur en nous incitant à accuser notre estomac. Digestion lente, et même en deux temps chez les bovidés, c’est vraiment l’allégorie parfaite de notre psychologie : nos indignations petites bourgeoises finiront en bouse, qui fera pousser l’herbe, que d’autres mangeront, pour repousser le spectre de l’indigestion, aux calendes grecques, à leur tour, boucle d’absurdité parfaite, temps mort contre le temps éternel de l’immédiat et de l’action décisive, hein Œdipe ?…. Voilà tout l’homme, s’en prenant à sa chaussure, comme disait Beckett, alors que c’est son pied le coupable, beaucoup de gens peuvent vivre avec une maladie grave, moi pas, ponctuait Céline, les deux peu relayés dans cette perspective du « pire est maintenant », pourtant, si on prétend voir clair en négligeant le brouillard, c’est qu’on a renoncé à ses yeux…
« On a fait une greffe pulmonaire hyper compliquée, les chirurgiens ont passé la nuit dessus. Ça a commencé à 20h, le chirurgien est rentré chez lui à 5 heures du matin. Il n’a pas fait son codage avant de rentrer chez lui. Le lendemain il avait un mail de l’administration pour lui dire “vous n’avez pas codé la greffe”. Les bras lui en sont tombés. Il a répondu, “vous pourriez au moins me demander si la malade va bien”. Il a reçu un mail de la directrice lui disant, “je vous rappelle l’importance de coder”. »

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