“Père, mère : je vous présente Jacques.”

Comme chaque ligne (ou presque) qui sort de ce petit prodige d’1m90, ce texte vaut pour lui même mais il m’a touché en pleine tête, et du coup en plein cœur. Je ne retrouve pas le passage où Proust explique que notre seule chance d’échanger la moindre parole avec l’autre se situe dans l’art, à travers l’œuvre. A rebours de toutes les conneries dont notre époque vulgaire n’avait pas encore accouché sur l’ouverture à l’autre et la prostitution communicante, Proust explique, je crois, qu’en contemplant l’œuvre je réalise une rencontre, la seule possible, avec un artiste qui n’est autre que moi “et” l’autre, comme par une sorte de dédoublement du sentiment d’existence au contact des vérités profondes, enfin découvertes, au plus intime de cette union. C’est ce que Jacques Rapacki vient de réaliser pour moi. Je n’ai jamais eu le sentiment qu’on comprenait aussi bien mon texte. Je suis d’autant plus d’accord avec chaque mot et chaque virgule de cet ami poète qu’ils correspondent exactement avec ce qui est dit sans l’être et qu’ainsi le texte de Jacques devient une œuvre à son tour, partie du même point mais comme en réponse aux miennes pour me revenir en écho. Chance incroyable, cette appréciation de mes textes me fait vivre comme en boomerang ce fameux sentiment de réalité profonde, me faisant d’écrivain, lecteur de mon propre texte par un biais second, m’ouvrant l’inespérée et sans doute miraculeuse coulisse où se promène l’ombre de l’œuvre. Mon cher Jacques, nous venons donc de prolonger Proust, et si jamais quelqu’un éprouve à son tour cette impression, qui vaut seule que nous continuions à vivre, à la lecture de ce que je viens d’écrire, nous le dépassons au carré… A ce train-là, la multiplication des pans d’expérimentation, le clivage de ce sentiment d’essentiel, qui touche l’unique à travers la prolifération d’une multiplicité qui l’annule, sont infinis. Merci, et mille baisers, multiples et singuliers.

Sébastien, le 7 octobre 2017.

J’ai lu ton dernier texte dilemme” hier — j’avais beaucoup aimé la spiritualité, la grand-mère (et l’entrejambe, comme si elle avait été la vraie mère). “Je cite un psaume spontanément” ++ “…dessus les vides qui nous cernent” ++. Et de l’autre côté le double sensuel, mais qui ne vire jamais réellement dans l’érotisme (ou plutôt l’érotisme n’est qu’une bravade, une couverture à la candeur totale – qui ne veut en réalité que de la tendresse mais est trop “pudique” pour l’admettre, donc ajoute quelques sécrétions par défi/orgueil). Je note aussi l’absence de Dieu dans ce christianisme revendiqué (retrouvé?) qui est plus une identité culturelle (je suis catholique), familiale (la grand-mère) et artistique/littéraire (les psaumes — comme si ce qui était saint dans les écritures c’était l’écriture elle-même). Il y a la présence du diable en revanche (comme tentateur à la faiblesse plutôt qu’au pharaonisme luciférien, à la révolte magnifique) et comme méprise (“tu vois des démons dans le pli de mon verbe” — ce qui est d’ailleurs une jolie tournure mais étonnamment pas lyrique — ce n’est pas du grandiloquent et de l’exalté, c’est un humble fait). Le salut n’est en quelque sorte qu’un peu d’amour (j’aime cette simplicité “quotidienne”, par opposition à la vie après la mort — il faut déjà chasser la mort qui envahit la vie, et la salvation entre pleinement dans l’anecdotique et le trivial des instants “perdus”) mais paraît hors de portée à cette voix qui appelle, dirait-on, de trop loin. Désolé si ça fait un peu désordre et d’ailleurs ne prends pas les “c’est ceci c’est cela” véritablement comme des affirmations ou comme un sens “trouvé” — c’est plus des impressions et quelques directions dans lesquelles la lecture m’a porté

“Haute couture” j’avais beaucoup aimé aussi mais je crois que Raph en a parlé mieux que moi : “J’aimerais qu’on me dise ça” ^^

Je pourrais juste parler du côté entraînant de la verve qui jouit d’elle-même mais qui invite également à en jouir et on est pris d’une bonne rigolade. Surtout que comme tu l’avais dédié “à Jacques” j’avais vu un côté défi ironique – genre t’en voulais en voici, tu voulais que je te fasse de la poésie et je vais me foutre de vos gueules – qui m’avait beaucoup épanoui la rate (référence Baudelaire) 😀

(Jacques Rapacki, je signe pour lui.)

Dilemme, avec deux “m”

Je suis un catholique
parce que j’avais une grand’mère
Et quand je suis entre tes cuisses
Le p’tit Jésus tire en arrière

Mais j’ai le Diable pour l’avant
quand je suis tenté de m’enfuir
Et c’est bien plus sucré
lorsque j’y pense en t’attrapant ou même avant de t’attraper
par un des plis ou ton poignet

Je cite un psaume
spontanément
Les cloches sonnent dans le vent
Il est dimanche
nous sommes blancs
Sous les draps froissés comme un gant

Mon chapelet vient m’étrangler
et je t’en laisse quelques perles
Car si tu veux m’asphyxier
C’est à toi de prendre les rennes

Malheureusement je parle
et tu vois des démons dans les plis de mon verbe
Que je tends prétentieusement
dessus les vides qui nous cernent

Amène-toi je ne mords pas sans intention
j’ai juste la passion en berne
un peu de bave au coin des lèvres
car j’ai si peur que tout nous perde

J’ai juste froid
ce n’est pas si grave

le 4 octobre 2017,

Martyr V.

Haute couture

Impro Harbo #1

pour Jacques

Recouds-moi
fais-moi passer par tous les trous

Repasse-moi sur les coutures
Oscille entre les pointillés à plat et bien entre les plis

Recouds-moi
et bave sur les flétrissures bave bien sur toute gerçure efface la moindre effilée
de ta salive énamourée
Achève-moi comme un dessin
Ou comme un mur à la truelle

Je suis béant suintant perlant et parfois je suis aux abois

je m’échappe ma belle : attrape ce qui pend
ce qui tombe glisse et fuit
entre les doigts
entre les langues
entre les plis

Aspire et lèche et cautérise
Fais-moi peau neuve comme un chat

Recouds-moi

à l’ambre de nos désirs étouffés

28 septembre 2017

Martyr le Q.