Nolan, Odyssey, et des critiques un peu courtes.

Les critiques de L’Odyssey de Nolan sont du même niveau que ce qu’elles reprochent au film : une réduction au propos, alors qu’Homere n’est pas un propos et le film non plus : c’est justement là que la transposition est forte. Le fond, l’âme, la métaphysique sont chez Homere dans le rythme qu’il donne aux dialogues (ce ne sont que des dialogues, même si c’est la muse qui parle), chez Nolan c’est l’image, son mouvement, son son qui remplacent le texte, texte de la muse et, éventuellement (c’est la qu’il y a marge) texte des dialogues purs, entre personnages. L’inverse a sans doute lieu : texte de la muse transposé en texte dans le film. Les critiques font comme si le sens ne devait être véhiculé que par les dialogues. Quand Wilson, la traductrice, dit qu’elle aurait eu honte d’écrire la moindre ligne dans le « script », elle le semble réduire ce mot qu’elle maîtrise mieux que moi aux dialogues. Alors que le script c’est bien entendu aussi l’économie du théâtre, sa scénographie. On ne sort pas du débat éternel de la milesis d’Aristote, dont je relis régulièrement la définition parce que je suis idiot. C’est un peu court, car c’est le jeu entre ces différents modes de transposition qui est intéressant, y compris en impliquant une torsion chronologique et, à un autre niveau, paradigmatique : dans ce dernier cas, inclusion de l’Illiade et de tout le socle mythologique, comme chez Pasolini avec Edipo Re. Le texte à l’intérieur du texte, que traquent ces critiques aveugles et obsédées d’un fond qu’elles appauvrissent à de l’informatif (en digérant justement le philosophique) chez Homere doit fatalement être traité différemment pour faire une œuvre réelle. Sinon on fait une transposition théâtrale et point. Il me semble que le partage supposé entre la narration de la muse et le contenu du récit (on appelle ça la diegese) est paresseusement transposé dans ces critiques négatives du film de Nolan, comme si elles oubliaient, d’abord que la voix de la muse devient image et, plus subtilement, que le partage entre les deux n’est pas supposé être le même. D’où une interprétation du fond à économie quasi mécanique, presque comme si Valery n’avait pas été lu. Et je ne parle pas de Rimbaud.

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